Your language

Les 6 stades de la pratique

Je viens de reprendre le livre de Charlotte Joko Beck "Vivre zen" sous-titré "faire de la vie une communion et non un combat". Le passage ci-dessous sur les 6 stades de la pratique à résonné fortement en moi. Je sens bien qu'il me reste beaucoup de chemin à parcourir  avant que la vie  ne soit qu'une pure expérience la plupart du temps.
le jour où l'on commence à percevoir ses réactions émotionnelles - par exemple en se rendant compte qu'on se met en colère et que cela crée le chaos -, on pose le pied sur le chemin de la pratique. On découvre la peur qui nous habite et le nombre de pensées méchantes ou jalouses qui nous traversent l'esprit.
Le premier stade de la pratique correspond à ce processus de prise de conscience de ses sentiments et de ses réactions intérieures. La technique d'identification des pensées nous y aide, mais il faut l'appliquer systématiquement pour ne pas risquer de manquer une bonne partie de nos pensées et de nos sentiments. Car on a besoin de tout observer. les 6 premiers mois ou la première année de pratique peuvent être assez pénibles puisqu'on commence à se voir plus clairement, à reconnaître ce qu'on fait vraiment. On identifie des pensées telles que : "Si seulement il pouvait se volatiliser !", "Je ne supporte pas sa façon d'arranger les oreillers !". Pendant les retraites intensives, il y a de grandes chances que ce genre de pensées se multiplie à mesure qu'on se fatigue et qu'on devient irritable.
Au cours des 6 à 12 premiers mois de pratique, on risque de subir un choc de première grandeur en s'ouvrant à soi. Et bien que ce schéma soit typique du premier stade, il en subsistera des éléments pendant les 10 ou 15 années suivantes, tandis que s'approfondira la découverte de soi.
Au deuxième stade, qui va généralement de la deuxième à la cinquième année de pratique, les états émotionnels perdent de leur cohérence apparente, laissant apparaître leurs composantes physiques et mentales. Et, à mesure qu'on identifie les pensées, qu'on apprend à expérimenter son être, son corps et ce qu'on appelle le monde extérieur, les états émotionnels se mettent doucement à se désintégrer. Sans pourtant disparaître entièrement : on peut à tout moment - et çà arrive souvent ! - replonger dans le stade antérieur, bien qu'on ait entamé le suivant. Naturellement la ligne de démarcation entre les différents stades est assez floue, chacun représentant la progression naturelle de l'autre. La différence tient plutôt à la tonalité dominante de chaque stade.
Au premier stade, on commence à voir ce qui se passe et tout le mal que cause cet état de choses. Au second stade, on tente de briser les réactions émotionnelles.
Au troisième stade, on connaît des moments d'expérience pure, libre de pensées centrées sur soi : l'expérience brute, telle qu'en elle-même. dans certains centres zen, on appelle cela des "expériences d'éveil".
Au quatrième stade, on rentre lentement mais sûrement dans un état non dualiste fondé sur l'expérience et non plus dominé par la pensée égocentrique. Mais souvenez-vous que ces stades couvrent des années et des années de pratique.
Au cinquième stade, quatre vingts à quatre vingt dix pour cent de la vie est vécue à travers l'expérience immédiate. Elle est donc assez différente de ce qu'elle était auparavant. On peut dire que c'est une vie de non-soi, car le petit ego - la collection d'émotions qu'on a vu se désintégrer peu à peu - a en grande partie disparu.
La vie telle qu'on la connaissait du temps de l'avant-chemin, engluée dans des tas de choses et dominée par les réactions émotionnelles, est désormais impossible. Mêm si on voulait descendre du cinquième stade au premier, on ne pourrait pas.
 A ce stade, on a une bien plus forte compassion et une meilleure appréciation de la vie et des autres. Une fois parvenu au cinquième stade, on peut enseigner, aider les autres à avancer sur le chemin. ceux qui ont atteint ce stade enseignent sans doute déjà, d'une manière ou d'une autre. Des aphorismes tels que "Je ne suis rien" (et donc je suis tout) ne sont plus de jolies citations qu'on répète sans comprendre mais des évidences qu'on connaît intuitivement. ce genre de connaissance n'a rien de spécial ni d'étrange.
Théoriquement il y a un sixième stade, celui de la bouddhéité, dans lequel la vie n'est que pure expérience, à cent pour cent. J'ignore ce qu'il en est et je doute que l'on parvienne au plein accomplissement de ce stade là.
Charlotte Joko Beck - Vivre zen - Edition Pocket

Je souhaite que chacun puisse faire l'expérience de ces stades de la pratique et développer la bodhicitta, "l'esprit d'éveil".

Gasshô