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Une vie de moine

J'ai été touché par ce reportage d'ARTE sur Ekiho Miyazaki (1902-2008), Grand Prêtre d'Eiheiji. Je trouve beaucoup de simplicité et de modestie chez Ekiho Miyazaki. Puissions-nous être inspiré par sa pratique quotidienne de zazen depuis 93 ans.


Gasshô

Se permettre de penser l'impensé


 Maître Dogen nous dit à la fin du Zazengi :
Assis immobile, ancré sur le sol telle une montagne, on pense (shiryo) l’impensé (fushiryo). Comment peut-on penser l’impensé ? C’est dans ce qui n’est pas de l’ordre de la pensée (hishiryo).
Ceci est le véritable secret de la méditation assise.
Assis en posture de zazen, le dos bien droit nous sommes ancrés au sol et nous dressons comme une montagne. Les pensées que nous avons en médiation ne relèvent pas du domaine de l’analytique. Rappelons-nous qu’au début du zazengi Maître Dôgen nous dit : « Mettez de côté tous vos soucis et laissez au repos les dix mille dharmas. Ne jugez pas ce qui est bon, ne jugez pas ce qui est mauvais ». Il existe plusieurs traductions de cette partie du Zazengi :

« Fixe et immobile, étant établi dans l’assise, on pense l’impensé. Comment penser l’impensé ? Sans penser. C’est là l’art essentiel de la méditation assise.» – Jiun Eric Rommeluère (site UZO)

« Demeurez fermement en samâdhi* et dans la pensée non-pensée. Comment penser le non-pensé ? C’est la non-pensée. Tel est l’art de zazen.» – Jacques Brosse (Polir la lune et labourer les nuages Ed. Albin Michel)

«Sitting in balance and stillness like a mountain, think of "not-thinking." How? Be "Before Thinking.» - (site White Wind Zen Community)


En méditation nous ne produisons pas de pensée discriminante ou incluant un jugement. Il suffit de les laisser passer telles des nuages et nous trouvons un état d’harmonie avec l’environnement. Nous pouvons alors pénétrer profondément l’état immobile de la méditation (le samâdhi). Lorsque nous nous asseyons il est important de le faire avec l’esprit mushotoku (sans esprit d’obtention). C’est la condition pour pouvoir atteindre ce qui n’est pas de l’ordre de la pensée.

« Hishiryô n’est pas une condition spéciale de l’esprit, un état particulier, c’est simplement l’état naturel, la pensée originelle qui ne repousse rien et inclut toute chose. » - Taisen Deshimaru

Enfin maître Dogen conclut ainsi le Zazengi :
La méditation assise (zazen) n’est pas l’apprentissage de la méditation zen (shuzen) . C’est la grande porte du Dharma ; C’est la pratique de l’Éveil sans souillure.
La médiation zen n’a rien à voir avec ce qui serait de l’ordre de l’apprentissage d’une technique (voir à ce sujet Isshô Fujita : Zazen n'est pas shuzen). On peut utiliser des techniques pour entrer en médiation... mais ce n’est pas la méditation en elle-même. Zazen est la chambre au trésor... une ouverture inconditionnelle sur la Grandeur.

Notes :
* Shiryo: on pense – la pensée
** Fushyrio : l’impensé - la non-pensée
*** Hishiryo : ce qui n’est pas de l’ordre de la pensée

Se mettre en posture de zazen


Dans la suite du Zazengi maître Dôgen nous dit :


Lorsque vous êtes assis en zazen, porter le kasaya* (kesa) et utilisez un coussin rond. Asseyez-vous sur la partie arrière de vos jambes croisées. Ainsi le dessous de vos jambes croisées touche-t-il le tapis, tandis que votre coccyx repose sur le coussin. Ceci est la méthode utilisée par les bouddhas et les patriarches quand ils se sont assis en zazen.

Maître Dôgen nous dit ici de revêtir l’habit de moine, lorsqu’il a prononcé cet enseignement il s’adressait à des moines rompus à la pratique et surtout vivant dans un monastère. Ce qu’il faut retenir c’est que pour pratiquer zazen nous devons être à l’aise dans nos vêtements et utiliser un coussin (zafu*) pour l’assise. Le coccyx ne doit pas reposer en plein centre du coussin, mais plutôt sur la partie avant de celui-ci, cette position facilite la bascule du bassin et par conséquent la rectitude de la colonne vertébrale. Pour mettre le zafu en position on peut se mettre en appui sur les genoux et soulever le « derrière » pour glisser le zafu jusqu’à ce qu’il touche légèrement les jambes, on pose alors le coccyx sur le zafu.

On s’assied dans la posture de demi-lotus [hanka-fuza], ou bien en lotus complet [kekka-fuza]. En kekka-fuza, on pose le pied droit sur la cuisse gauche, puis le pied gauche sur la cuisse droite. La pointe de chaque pied doit se trouver à la hauteur des cuisses, ni plus ni moins élevée que celles-ci. En hanka-fuza, on pose seulement le pied gauche sur la cuisse droite.
sceauLa posture est très importante dans la méditation. C’est pourquoi nous devons essayer de pratiquer le lotus ou le demi-lotus. Ces deux positions sont les plus efficaces pour l’assise (dans les 2 cas les 3 points d’appuis importants, les 2 genoux et le bas de la colonne vertébrale, sont bien clairement sollicités). Néanmoins pour nous européens ces postures, en fonction de nos possibilités physiques, peuvent être une contrainte trop forte. C’est pourquoi s’asseoir en positon de quart de lotus (pied gauche sur le mollet au niveau de la pliure du genou) ou encore birmane (pied gauche posé devant le genou droit) n’est pas « faux ». En cas d’impossibilité physique pour s’asseoir dans une de ces positions, nous pouvons le faire sur un banc de méditation adapté (position seiza*), ou encore sur une chaise.


Ajustez la robe de l’Éveillé (kasaya) pour qu’elle soit large et bien droite. Placez la main droite sur le pied gauche; puis placez la main gauche sur la main droite, les bouts des pouces reposant l’un contre l’autre. Garder les mains comme ça, tirez les vers le corps. Laissez les bouts des pouces joints, alignés avec le nombril.

Quels que soient nos vêtements pour l’assise, nous devons les ajuster avant de rentrer en méditation. Zazen demande une dignité dans la posture et l’habillement… mais sans raideur ! Cette mise en place de notre environnement facilite l’entrée dans cette espace vaste et joyeux de la méditation. La position des mains doit aussi être digne et sans tension. Les pouces doivent se toucher, comme si nous avions un fil à retenir délicatement entre les deux. Maître Deshimaru disait « ni montagne, ni vallée » pour cette position des mains.

Tenez-vous assis, le buste bien droit. Ne vous penchez ni à gauche ni à droite, ni vers l’avant ni vers l’arrière. Il est essentiel que les oreilles soient alignés avec les épaules, le nez avec le nombril.

Quel que soit la posture d’assise que nous utilisons l’important est la rectitude de notre colonne vertébrale. Issho Fujita dit : « Si toutes les parties du corps sont correctement intégrées sur une ligne verticale, le poids est soutenu par l’ossature du squelette et les tensions inutiles sont relâchées. Le corps tout entier se soumet alors à la direction de la gravité ».

Mettez la langue contre le palais. Respirez par le nez. Les lèvres et les dents doivent se toucher. Les lèvres et les dents doivent se toucher. Les yeux doivent être ouverts, ni écarquillés ni plissés.

Mettre la langue contre le palais et faire se toucher les dents permet d’éviter de déglutir régulièrement durant notre méditation. Là encore il ne s’agit pas de serrer les dents et de plaquer la langue fortement contre le palais, tout cela doit être léger, sans tensions inutiles. C’est aussi le cas pour les yeux. Il suffit d’incliner son regard à 45° pour que, naturellement, les paupières trouvent leur place et les yeux soient mi-clos.

Après avoir réglé le corps-esprit de cette façon, expirez complètement.

Notes :
Kasaya ou Kesa : Le vêtement traditionnel crée et cousu par Ananda, suivant le plan d’une rizière, à la demande du Bouddha. Celui-ci ordonna à ses disciples de porter ce vêtement.
Zafu : Coussin rond, rempli de kapok,,utilisé pour la pratique de la médiation .
Seiza : Position traditionnelle au japon assis sur les talons.